Claude Santiago

réalisateur - films musicaux etc.

my cool memories

Dans l'effervescence de l'après 68 je vis une première expérience de cinéma militant, chez Jean-Paul Sartre : le tournage d'une rencontre entre le philosophe et de jeunes révolutionnaires, un souvenir inoubliable.

A 23 ans, je pars pour une décennie aux Usa, Canada, Mexique. Nuits blanches à Greenwich Village, virées psychédéliques dans la Sierra, planteur d'arbres dans le grand Nord et autres jobs voyageurs, video jockey, directeur artistique d'un club avant garde à San Francisco… Je pratique une scène video-art américaine turbulente, que j'introduis à Paris aux Bains Douches, au Palace, au Musée d'Art Moderne.

Revenu en France, fort de cette expérience américaine, je participe aux premières années de Canal+ comme réalisateur de Picnic Tv, magazine sur les pionniers de la création Tv, vidéo et computer graphics. Je réalise aussi pour Megamix, l'émission musicale d'Arte.

Depuis, je réalise des films documentaires ou expérimentaux, voire les deux à la fois, mon travail visant parfois à dynamiter les frontières entre les genres et à brouiller les codes, avec pour complices graphistes, peintres, ou poètes.

Sans doute parce que le film musical est souvent considéré comme un genre mineur, on y tolère des styles moins contraints. Ainsi, j'ai pu expérimenter des formes proscrites ailleurs, comme de tourner un film entier en plans serrés, sans plans larges de référence. J'ai pu tenter un 'cinéma de transe', pour musiques de transe, invitation à oublier le sens pour s'abandonner au vertige des images et des sons.

Portraits intimes, performances revisitées ou autres, mes films musicaux donnent à découvrir des musiques et des musiciens, mais ils parlent surtout humanité, culture, histoire, politique.

Les cultures afro-américaines occupent dans mon travail la place du cœur parce que j'y trouve à la fois joie et souffrance, un savoir-faire artistique prodigieux, et un souffle de liberté intraitable.

Loin du documentaire didactique, les personnages de mes films se racontent eux-mêmes, sans commentaire en voix 'off'. C'est le montage qui compose la partition narrative.

Le montage est pour moi ce moment magique où, vers trois heures du matin, une masse informe de rushes devient une minute quinze de bonheur : 7 ou 8 plans bout à bout qui, soudain, racontent une histoire. J'aime cet exercice périlleux où tout se joue au vingt-cinquième de seconde et où, comme en amour et en musique, tout est question de tempo.